Belle et Sébastien

Belle et Sébastien

Étonnante rencontre avec Clovis Cornillac, le méchant de «B&S3» **

Le 13/02/2018

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  • La Voix du Nord

Véritable artisan d’un cinéma qui s’adresse au plus grand nombre, Clovis Cornillac intègre la série « Belle et Sébastien » à la fois en tant que comédien et réalisateur. Rencontre avec un acteur étonnant d’humilité qui a pris goût à la mise en scène. Et au grand spectacle.


Clovis Cornillac, devant et derrière la caméra, incarne le méchant de l’histoire. Un homme qui déclare être le propriétaire de la chienne Belle, ce qui ne va guère convaincre le jeune Sébastien.

On a l’impression que vous êtes tenté par le western…

« Il me fallait un vrai méchant. J’avais envie que mes héros soient confrontés au mal incarné, un ogre, un personnage de conte. C’est une sorte de trappeur avec un gros manteau, des bottes, un chapeau comme il en existait vraiment à l’époque en Haute-Savoie. Et on arrive au final à une figure de western. Dans nos montagnes, on a ça en commun avec le western ! Même la cape de berger de Sébastien peut faire penser à celle de Clint Eastwood dans Le Bon, la brute et le truand. »

Il y a aussi une scène dans un bar qui s’apparente à un saloon…

« Je suis plus globalement fan du cinéma des années 40, 50, 60. Un cinéma de studio, d’entertainment, celui de Wilder, Capra, Ford, Huston… Des films de commande qui distraient et parlent d’intime. À mon niveau, humblement, j’ai envie de faire des films d’entertainment avec l’espoir que des petits chemins se créent dans l’esprit des spectateurs. Regardez La Prisonnière du désert. C’est un western, mais on est tous d’accord pour dire que c’est plus que ça. »

N’est-ce pas la définition du cinéma populaire ?

« J’ai un fantasme : réunir des gens très différents dans une salle. Des vieux, des gamins, des couples, des familles… Comme c’est gratifiant ! Je n’ai malheureusement pas les clés de ce qui se passera après la sortie. Peut-être que ça ne marchera pas et que je serai très triste. Mais je rêve que les gens partagent ce film. Chacun prend ce qu’il veut dans une aventure commune. »

On dirait que la réalisation vous tente de plus en plus.

« On a plusieurs vies. J’ai été acteur pendant trente-cinq ans, heureux de l’être. Je joue encore, un peu moins. Mais après mon premier long-métrage (Un peu, beaucoup, aveuglément), je suis tombé fou amoureux de la réalisation à 50 balais. Il n’y a rien que je n’aime pas dans la réalisation, à part une chose : monter le projet financièrement. C’est une énergie pas agréable. »

On vous a souvent associé à un boulimique de travail…

« Je n’étais pas boulimique. Ça, c’est une forme de névrose. En revanche, j’avais de l’appétit, de la gourmandise. J’avais la capacité de bosser. On me proposait un tas de choses. Au nom de quoi il aurait fallu dire non ? Aujourd’hui, je joue beaucoup moins. J’ai changé depuis l’expérience de la réalisation. Ça prend un temps phénoménal. Un an et demi, quatorze heures par jour. C’est génial. »

Mais connaissez-vous l’angoisse ?

« Quand je suis sur un plateau, jamais. Tu deviens chef d’équipe. J’ai envie que tout le monde soit heureux en venant au boulot. Je demande beaucoup, il y a des plans compliqués. Je n’octroie pas de place au doute. S’il intervient, c’est quand je suis seul, le soir. C’est normal. Je ne suis pas un génie, je suis un bosseur. Si le film est réussi, ça sera grâce à toute l’équipe, elle s’est défoncée. Mais s’il est raté, ça sera de ma faute parce que tout le monde m’a suivi. »

 

 

Votre tournée de promotion vous a emmené à Dunkerque. Ici, personne n’a oublié « Karnaval », sorti en 1998.

« C’était il y a vingt ans. C’est fou. Il y a des aventures humaines qui te changent : tourner pendant le carnaval, vivre ça de l’intérieur… Je ne savais pas qu’on avait cette dinguerie magnifique chez nous, en France. Impossible de ne pas avoir les poils qui se dressent au Kursaal. En plus, il y a ce paysage, cette architecture, ces plages… Franchement, y repenser, c’est émouvant. »

 

Fiche technique

Réalisation. Clovis Cornillac.

Interprètes. Félix Bossuet, Tchéky Karyo, Clovis Cornillac, Thierry Neuvic, Margaux Chatelier.

Durée. 1 h 31.

Genre. Aventure/famille.

Résumé. Deux ans ont passé depuis le dernier épisode de la saga. Belle est devenue maman de trois adorables chiots. Sébastien reste très attaché à sa montagne. Mais voilà que surgit un sombre individu qui déclare être le véritable maître de Belle. Il veut récupérer l’animal. Le jeune garçon va tout faire pour protéger la chienne et ses petits. Quitte à prendre la fuite.

Zone critique

Gentillet

On pourrait facilement se boucher le nez sous prétexte de le protéger de l’odeur de naphtaline. Le feuilleton télévisé écrit et réalisé par Cécile Aubry a commencé à être diffusé en 1965 (avec le jeune Medhi, vous vous souvenez ?) et la saga Belle et Sébastien, entamée au cinéma en 2013 par Nicolas Vanier, doit évidemment assumer sa part de désuétude. Ce que Clovis Cornillac, sur les pas de Jack London, s’efforce de masquer derrière la promesse du grand air et de l’aventure.

L’ambition se voit réellement à l’écran, même s’il faut se satisfaire d’une intrigue minimaliste : un inquiétant croquemitaine surgit en half-track (nous sommes dans l’immédiat après-guerre) et affirme vouloir récupérer Belle, la chienne dont il dit être propriétaire. Et ses chiots aussi tant qu’à faire, ce qui va faire fulminer Sébastien, déjà bien tourmenté par ses désirs d’émancipation pré-adolescente. S’ensuit une poursuite enneigée qui, parfois, flirte avec le western gentillet, sur fond de carte postale savoyarde.

Clovis Cornillac, dont on perçoit bien les efforts pour pimenter le méchant qu’il incarne lui-même, vise tous les publics. Resserrons la cible. Nous imaginons plutôt des aînés nostalgiques emmenant leurs petits-enfants qui auront droit à leur dose d’évasion et de sensations fortes. Pas indigne. Et ça tombe bien, les vacances d’hiver arrivent. C. C.

La Voix du Nord

Belle et Sébastien 3 Clovis Cornillac Interview Critique

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